Fonds spéciaux : Ousmane Sonko réclame des éclaircissements sur plus de 3 milliards de FCFA

0

SENTV : Le débat sur la gestion des fonds spéciaux de l’État connaît un nouveau rebondissement au Sénégal. Ousmane Sonko, président de l’Assemblée nationale, s’est prononcé pour un meilleur encadrement de ces ressources, tout en écartant leur suppression pure et simple.

Lors d’une intervention publique dimanche 16 août, l’ancien Premier ministre a plaidé pour davantage de traçabilité et un contrôle parlementaire renforcé. Il estime que ces fonds peuvent répondre à certaines nécessités institutionnelles, mais que leur utilisation doit être davantage documentée et soumise à des mécanismes de redevabilité.

Plus de 3 milliards au cœur des interrogations

Ousmane Sonko a surtout évoqué des mouvements financiers intervenus au niveau des fonds de la Primature pendant la période de transition. Selon son récit, plus de 3 milliards de francs CFA auraient été retirés entre mars et avril, sans qu’il ait obtenu, à ce stade, d’explication sur la destination de ces sommes.

Le président de l’Assemblée nationale affirme avoir cherché à obtenir des précisions auprès des responsables concernés. Il dit avoir été orienté vers Cheikh Diba, alors ministre des Finances et du Budget, qu’il aurait directement contacté.

Selon Sonko, aucune justification satisfaisante ne lui aurait encore été fournie concernant la nature et la destination des prélèvements. Ces déclarations constituent, à ce stade, les affirmations du président de l’Assemblée nationale et ne préjugent pas des conclusions d’un éventuel audit ou d’une procédure de contrôle.

Des interrogations sur la transition

Dans son intervention, Ousmane Sonko est également revenu sur la situation financière des institutions au moment de l’alternance. Il a affirmé que les comptes de la Présidence de la République auraient été pratiquement vidés avant l’installation des nouvelles autorités, évoquant un solde supérieur à 7 milliards de francs CFA auparavant disponible.

Il a dit avoir observé une situation comparable concernant les ressources de la Primature, alimentant ainsi ses interrogations sur la gestion des fonds spéciaux durant la période précédant la nouvelle administration.

Ces accusations devront toutefois être confrontées aux documents comptables et aux explications des personnes mises en cause pour permettre d’établir précisément les mouvements financiers évoqués.

Des montants fluctuants au fil des années

Pour illustrer l’évolution des dotations, Ousmane Sonko a également présenté une série de chiffres couvrant plusieurs exercices budgétaires. Il a notamment cité une enveloppe de 2,960 milliards de FCFA en 2012, contre 1,930 milliard en 2013 et 540 millions en 2014.

Les montants seraient ensuite remontés à 2,028 milliards en 2015, 2,772 milliards en 2016, 2,502 milliards en 2017, 2,190 milliards en 2018 et 2,060 milliards en 2019.

L’année 2020 aurait constitué un pic, avec 5,745 milliards de FCFA, avant une baisse à 1,450 milliard en 2021, 1,225 milliard en 2022 et 1,122 milliard en 2023. Sonko a également évoqué 1,150 milliard pour 2024 et 1,870 milliard pour 2026.

Ces montants doivent être distingués des crédits budgétaires globaux des institutions. Dans les documents budgétaires officiels, le budget 2026 de la Primature est notamment arrêté à près de 30,95 milliards de FCFA, mais cette enveloppe comprend plusieurs programmes et entités et ne correspond pas aux seuls fonds spéciaux.

Vers un nouveau texte à l’Assemblée nationale

Sur le terrain institutionnel, Ousmane Sonko a annoncé la préparation d’une nouvelle proposition de texte destinée à encadrer les fonds spéciaux. Le document devrait être soumis au bureau de l’Assemblée nationale dans les prochaines réunions.

Cette démarche s’inscrit dans une volonté déjà exprimée publiquement par Sonko de maintenir ces mécanismes tout en renforçant leur transparence. En mai dernier, alors qu’il était encore Premier ministre, il avait déjà défendu devant les députés le principe d’un encadrement des fonds politiques afin d’améliorer la transparence de leur utilisation.

Le débat porte donc désormais moins sur la disparition de ces ressources que sur les modalités de leur contrôle. Entre exigence de confidentialité pour certaines dépenses et obligation de rendre compte de l’utilisation de l’argent public, les autorités devront trouver un équilibre susceptible de renforcer la confiance dans la gestion des finances de l’État.

- Advertisement -

commentaires
Loading...