Ibrahima Bakhoum met en garde contre les risques politiques des commissions d’enquête de Pastef

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SENTV : Le journaliste et analyste politique Ibrahima Bakhoum s’interroge sur les motivations et les conséquences de la multiplication des commissions d’enquête parlementaires portées par le groupe Pastef. S’il reconnaît à l’Assemblée nationale son rôle de contrôle de l’action publique, il estime que cette démarche peut donner l’impression d’un règlement de comptes politiques, notamment lorsque des personnalités sont exposées publiquement avant toute décision de justice.

Le recours aux commissions d’enquête parlementaires par la majorité Pastef continue de susciter des réactions dans la classe politique sénégalaise. Dans un entretien accordé au quotidien Wal Fadjri, le journaliste Ibrahima Bakhoum attire l’attention sur les conséquences institutionnelles et politiques de cette initiative.

Pour l’analyste, le contrôle parlementaire de la gestion des deniers publics constitue une prérogative légitime de l’Assemblée nationale. Les élus peuvent ainsi chercher à faire la lumière sur des décisions prises sous les précédentes autorités. Toutefois, il estime que la manière de conduire ces investigations peut nourrir des interrogations sur les intentions réelles de la majorité.

« Pastef veut faire de la transparence, mais donne l’impression, en même temps, de faire du règlement de comptes », résume-t-il,

Entre contrôle parlementaire et atteinte à la réputation

Ibrahima Bakhoum met particulièrement l’accent sur l’exposition médiatique des personnalités convoquées ou entendues dans le cadre de ces commissions. Selon son analyse, la publicité entourant les auditions peut fragiliser la réputation des personnes concernées avant même que les juridictions compétentes ne se prononcent sur d’éventuelles responsabilités pénales.

Cette réserve soulève une question centrale : comment concilier l’exigence de transparence dans la gestion publique avec le respect des droits des personnes mises en cause ?

Les commissions d’enquête disposent d’un rôle de contrôle et de recherche d’informations. Elles ne se substituent cependant pas aux tribunaux, auxquels revient la mission de statuer sur la culpabilité éventuelle des personnes poursuivies.

L’analyste élargit également sa lecture aux rapports de force au sein du pouvoir. Il estime que les investigations portant sur la gestion passée de certains responsables ayant rejoint la mouvance présidentielle pourraient placer le président Bassirou Diomaye Faye dans une position politiquement délicate.

Les responsables concernés sont notamment associés, dans cette analyse, aux recompositions politiques autour de la coalition présidentielle et du mouvement KIIRAAY. Pour Ibrahima Bakhoum, ces procédures peuvent alimenter le soupçon selon lequel les personnalités ayant changé de camp politique seraient désormais soumises à un examen de leur passé.

Il résume cette lecture par la formule : « ceux qui transhument vers Kiraay n’ont pas les mains propres ». Cette appréciation relève de son analyse politique et ne constitue pas, en elle-même, une preuve d’irrégularités commises par les personnes visées.

Ibrahima Bakhoum évoque enfin la dimension militante de ces initiatives parlementaires. Selon lui, les commissions d’enquête pourraient aussi permettre à Pastef de maintenir la mobilisation de sa base, notamment face aux attentes de ses partisans concernant l’établissement des responsabilités dans la gestion de l’ancien régime.

Cette stratégie intervient dans un contexte où les attentes de transparence et de reddition des comptes occupent une place importante dans le débat public sénégalais.

Au-delà des intentions prêtées à la majorité, la portée de ces commissions dépendra de leur capacité à produire des éléments vérifiables, à respecter les procédures et à distinguer les responsabilités politiques des éventuelles infractions pénales.

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