SENTV : REPORTAGE – Derrière les murs des maisons, des femmes vivent parfois dans la peur, entre violences physiques, humiliations et dépendance économique. À Dakar comme dans les autres régions du pays, les chiffres disponibles révèlent l’ampleur d’un phénomène qui interpelle les familles, les associations et les pouvoirs publics.
DAKAR – Dans les quartiers de la capitale, les violences conjugales restent une question sensible, souvent entourée de silence. Certaines situations demeurent confinées à la sphère familiale, tandis que d’autres finissent par être connues à la suite d’une plainte, d’une intervention des proches ou d’une prise en charge par une association.
Derrière cette réalité, les violences ne prennent pas toujours la forme de coups visibles. Elles peuvent commencer par des insultes répétées, des menaces, des humiliations ou un contrôle permanent du conjoint. Dans certains cas, la privation d’argent et le refus de contribuer aux dépenses du ménage deviennent également des moyens de pression.
Des chiffres qui révèlent l’ampleur du phénomène
Les statistiques nationales permettent de mesurer l’importance du problème. Selon l’Enquête nationale de référence sur les violences faites aux femmes, publiée par l’Agence nationale de la statistique et de la démographie (ANSD), 70,2 % des femmes âgées de 15 ans ou plus ont déclaré avoir subi des violences conjugales depuis leur première union. Pour les douze mois précédant l’enquête, la proportion s’établissait à 22,4 %.
Ces données montrent que les violences conjugales ne peuvent être considérées comme de simples disputes entre partenaires. Elles constituent un enjeu de protection des personnes et de santé publique.
À Dakar, les chiffres sont également préoccupants. Le rapport de situation économique et sociale de la région, publié par l’ANSD en 2026 et portant sur l’année 2024, indique que 29,8 % des femmes interrogées dans la région déclaraient avoir subi des violences conjugales depuis leur première union.
Le poids du silence et de la dépendance
Sur le terrain, la difficulté ne réside pas uniquement dans la survenue des violences, mais aussi dans la possibilité de les dénoncer. La peur des représailles, la pression de l’entourage, la présence d’enfants ou l’absence de revenus personnels peuvent compliquer les démarches des victimes.
Dans certains foyers, les proches privilégient encore le règlement familial des conflits. Si la médiation peut parfois aider à résoudre des désaccords, elle ne doit jamais conduire à minimiser des agressions ou à contraindre une victime à rester dans une situation dangereuse.
Les violences psychologiques, en particulier, peuvent être difficiles à identifier de l’extérieur. Pourtant, les insultes, les menaces et les humiliations répétées peuvent affecter durablement la confiance en soi et l’équilibre psychologique des personnes concernées.
L’AJS face à une demande importante d’accompagnement
Les données de l’Association des juristes sénégalaises (AJS) confirment la nécessité de renforcer les dispositifs d’écoute et d’assistance. Selon son bilan présenté en avril 2026, l’organisation a recensé 4 208 situations de violence parmi les personnes reçues en 2025, dont 3 890 femmes et 318 hommes.
Les violences psychologiques représentaient 3 298 cas recensés, les violences économiques 2 293 et les violences physiques 1 210. Ces catégories ne sont pas exclusives les unes des autres et les chiffres concernent différentes formes de violences, pas uniquement les violences conjugales.
Ces données mettent en évidence l’importance du travail des associations dans l’orientation juridique et l’accompagnement des personnes confrontées à des violences.
Protéger les victimes et prévenir les récidives
Face à cette situation, la sensibilisation, l’accès à l’information juridique et la prise en charge des victimes demeurent essentiels. Les professionnels de santé, les services sociaux, les associations spécialisées et les autorités judiciaires peuvent contribuer à repérer les situations à risque et à orienter les personnes vers des structures adaptées.
Toute personne confrontée à des violences doit pouvoir rechercher de l’aide sans craindre d’être culpabilisée. En cas de danger immédiat, il est important de se mettre à l’abri si possible et de contacter les services d’urgence ou les autorités compétentes.
Au Sénégal, la lutte contre les violences conjugales nécessite une mobilisation durable, au-delà des seules réactions suscitées par les affaires les plus médiatisées. Elle passe par l’éducation, la prévention, l’application de la loi et la protection effective des victimes.
Derrière les statistiques, il y a des vies, des familles et des parcours parfois marqués par la peur. Faire reculer les violences conjugales suppose d’abord de reconnaître leur gravité, de briser le silence et de garantir à chaque victime la possibilité d’être entendue et protégée.