Inondations au Sénégal : le gouvernement de Bassirou Diomaye Faye peut-il enfin mettre un terme à un fléau qui dure depuis des décennies ?

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SENTV : À l’approche de l’hivernage, une même inquiétude ressurgit dans plusieurs localités du Sénégal. Des quartiers de Dakar aux villes de l’intérieur du pays, les populations redoutent le retour des inondations, un phénomène récurrent qui continue de provoquer des dégâts matériels considérables, des déplacements de familles et des perturbations économiques.

Malgré des milliards de francs CFA investis depuis plus d’une décennie dans l’assainissement et la gestion des eaux pluviales, le problème reste entier dans de nombreuses zones vulnérables. L’arrivée au pouvoir du président Bassirou Diomaye Faye en mars 2024 a ravivé l’espoir d’une approche nouvelle. Mais la question demeure : le nouveau régime dispose-t-il des moyens et du temps nécessaires pour apporter une solution durable ?

Un problème ancien devenu structurel

Les inondations ne sont pas un phénomène nouveau au Sénégal. Elles résultent d’un ensemble de facteurs qui se sont aggravés au fil des années.

L’urbanisation rapide et souvent anarchique de certaines zones a conduit à l’occupation de dépressions naturelles, de bassins de rétention et de couloirs d’évacuation des eaux. À cela s’ajoute l’insuffisance des réseaux d’assainissement dans plusieurs communes.

Dans la banlieue dakaroise, notamment à Pikine, Guédiawaye, Yeumbeul, Keur Massar ou encore dans certaines parties de Rufisque, des milliers de familles vivent encore dans des secteurs régulièrement exposés aux inondations.

Les spécialistes pointent également les effets du changement climatique. Les épisodes pluvieux sont désormais plus intenses et plus concentrés dans le temps, augmentant les risques de submersion dans les zones urbaines mal drainées.

Des milliards investis, des résultats mitigés

Depuis 2012, l’État du Sénégal a mis en œuvre un Programme décennal de lutte contre les inondations (PDLI), avec la réalisation de bassins de rétention, de stations de pompage et de canaux d’évacuation. Plusieurs quartiers autrefois fortement touchés ont vu leur situation s’améliorer grâce à ces infrastructures.

Des opérations de curage des canalisations, d’entretien des stations de pompage et d’aménagement de bassins sont régulièrement menées à travers le pays.

Cependant, les experts soulignent que les ouvrages réalisés n’ont pas toujours suivi le rythme de l’expansion urbaine. Dans certaines localités, les canalisations sont obstruées par les déchets ou se révèlent insuffisantes face aux fortes précipitations.

Le pari du nouveau régime

Depuis son accession à la magistrature suprême, le président Bassirou Diomaye Faye a fait de la prévention des inondations une priorité gouvernementale.

Le chef de l’État a demandé l’accélération des programmes de prévention et de gestion des inondations, tout en insistant sur la nécessité d’une meilleure anticipation et d’un suivi régulier de la situation dans les zones à risque.

Le gouvernement a également tenu plusieurs réunions interministérielles afin de préparer les opérations pré-hivernage et d’accélérer les travaux structurants dans les localités vulnérables.

Par ailleurs, les autorités travaillent sur un Programme national de prévention et de gestion des inondations à l’horizon 2035, censé tirer les leçons des politiques précédentes et intégrer davantage les enjeux liés à l’urbanisme, à l’assainissement et aux changements climatiques.

Une solution définitive est-elle possible ?

La réponse des spécialistes est nuancée.

À court terme, il paraît peu probable qu’un gouvernement puisse éliminer totalement les inondations dès les prochaines saisons des pluies. Les causes du phénomène sont profondes et accumulées sur plusieurs décennies.

En revanche, une réduction significative des risques est envisageable si plusieurs conditions sont réunies :

  • L’accélération des travaux d’assainissement ;
  • La modernisation des réseaux de drainage ;
  • Le respect des plans d’urbanisme ;
  • La libération des zones inondables occupées illégalement ;
  • Le renforcement des systèmes d’alerte précoce ;
  • Une meilleure coordination entre l’État et les collectivités territoriales.

Le véritable défi : l’urbanisation

Pour de nombreux urbanistes, la bataille contre les inondations ne se gagnera pas uniquement avec des pompes et des canaux.

Le principal enjeu reste l’aménagement du territoire. Tant que des habitations continueront d’être construites dans des zones naturellement destinées à recueillir les eaux de pluie, les risques persisteront.

Les autorités sont ainsi confrontées à une équation délicate : protéger les populations tout en menant une politique d’urbanisation plus rigoureuse.

Le gouvernement de Bassirou Diomaye Faye a affiché une volonté politique claire de renforcer la prévention des inondations et d’accélérer les projets en cours. Les premières mesures témoignent d’une approche davantage tournée vers l’anticipation que vers la gestion d’urgence.

Toutefois, promettre une disparition définitive des inondations serait prématuré. Le phénomène résulte de facteurs structurels, climatiques et urbains qui nécessitent des investissements lourds et continus sur plusieurs années.

L’hivernage 2026 sera le premier véritable test pour la nouvelle équipe gouvernementale conduite par le Premier ministre Al Aminou Lo. Nommée récemment par le président Bassirou Diomaye Faye, elle devra démontrer sa capacité à apporter des réponses concrètes à la problématique des inondations, l’un des défis structurels les plus complexes auxquels le Sénégal est confronté depuis plusieurs décennies.

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