Rupture au sommet de l’État : Sonko accuse Diomaye Faye d’avoir orchestré son éviction sans concertation

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SENTV : La fracture entre Ousmane Sonko et le président Bassirou Diomaye Faye est désormais publique. Au lendemain de la mise en place du nouveau gouvernement dirigé par Ahmadou Alamine Mohamed Lo, l’ancien Premier ministre a livré, ce mardi, un récit détaillé des circonstances ayant conduit à son départ de la Primature. Face à la presse, le leader de Pastef a dénoncé une rupture imposée, marquée selon lui par des divergences politiques majeures et une volonté du chef de l’État de réduire l’influence de son parti au sein du pouvoir.

Sonko revient sur les origines de la crise

Prenant la parole pour la première fois depuis son remplacement à la tête du gouvernement, Ousmane Sonko a d’abord rappelé les espoirs suscités par l’accession au pouvoir du tandem qu’il formait avec Bassirou Diomaye Faye après l’élection présidentielle de 2024.

« Un immense espoir était né au Sénégal et au-delà de nos frontières lorsque nous sommes arrivés au pouvoir », a déclaré l’ancien chef du gouvernement, tout en reconnaissant les difficultés rencontrées dans l’exercice du pouvoir.

Sans évoquer un échec de l’alternance, Sonko estime toutefois que plusieurs obstacles ont entravé la mise en œuvre du projet politique porté par Pastef. Selon lui, le parti a multiplié les efforts pour préserver l’unité au sommet de l’État malgré des désaccords croissants.

Une rencontre au Palais qui scelle la séparation

L’ancien Premier ministre affirme que la rupture s’est précisée lors d’un entretien avec le président de la République, quelques heures après son intervention lors d’une séance de questions d’actualité à l’Assemblée nationale.

Selon son récit, Bassirou Diomaye Faye lui aurait indiqué que la poursuite de leur collaboration devenait difficile, évoquant notamment certaines de ses prises de position publiques.

Ousmane Sonko soutient que le chef de l’État souhaitait présenter leur séparation comme le résultat d’un accord mutuel. Une option qu’il dit avoir rejetée.

« Il n’y a jamais eu de discussion aboutissant à une décision commune de nous séparer. J’estimais qu’il devait assumer seul cette décision », a-t-il affirmé devant les journalistes.

« J’attendais une discussion, j’ai reçu un limogeage »

L’ancien Premier ministre assure avoir proposé à plusieurs reprises une clarification politique avec le président afin de dissiper les incompréhensions.

D’après lui, aucune rencontre de fond n’a finalement été organisée. Il raconte avoir appris indirectement qu’un nouvel entretien ne pourrait avoir lieu avant de découvrir, quelques minutes plus tard, la lecture officielle de son décret de révocation.

Cette séquence constitue, selon Sonko, la preuve que la décision de son départ était déjà arrêtée.

Il reproche également au chef de l’État d’avoir désigné son successeur sans consultation préalable des instances de Pastef, alors que le parti demeure la principale force politique de la majorité.

Des divergences sur plusieurs dossiers stratégiques

Au-delà des questions de personnes, Ousmane Sonko affirme que des désaccords profonds existaient sur l’orientation de l’action gouvernementale.

Parmi les sujets de friction évoqués figurent la gestion de la dette publique, les relations avec le Fonds monétaire international (FMI), la politique de régulation des prix ainsi que le fonctionnement de la justice.

L’ancien Premier ministre estime que ces dossiers nécessitaient des réformes plus ambitieuses et des discussions approfondies au sommet de l’État.

« Nous n’avions pas la même lecture sur plusieurs questions essentielles pour le pays », a-t-il déclaré.

Pastef au cœur du conflit politique

L’une des principales accusations formulées par Sonko concerne ce qu’il présente comme une tentative de marginalisation progressive de Pastef au sein de l’appareil d’État.

Selon lui, plusieurs propositions du président visaient à réduire significativement le poids du parti dans la composition du futur gouvernement, notamment en limitant le nombre de ministères attribués à ses responsables et en confiant certains départements stratégiques à des profils technocratiques.

Le leader de Pastef affirme avoir consulté la base du parti sur ces questions et soutient que celle-ci s’est opposée à une telle réorganisation.

Il accuse également le chef de l’État de chercher à construire une légitimité politique indépendante du mouvement qui l’a porté au pouvoir.

Une majorité confrontée à son premier grand test

Cette prise de parole marque une nouvelle étape dans la crise qui secoue le sommet de l’exécutif sénégalais. Pour la première fois, Ousmane Sonko expose publiquement sa version des faits et détaille les divergences qui auraient conduit à la fin de son compagnonnage politique avec Bassirou Diomaye Faye.

À ce stade, la présidence de la République n’a pas officiellement réagi aux déclarations de l’ancien Premier ministre.

Mais cette rupture entre les deux principales figures de l’alternance de 2024 ouvre une période d’incertitude politique. Les prochains jours permettront de mesurer l’impact de cette crise sur la stabilité de la majorité et sur l’avenir des rapports entre le président de la République et Pastef, parti majoritaire dans le paysage politique sénégalais.

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