Situation en Gambie : entre légitimistes et légalistes

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YAYA D DLe scrutin présidentiel en Gambie, unanimement salué, a connu un revirement du fait que les principaux acteurs n’aient pas voulu jouer jusqu’à bout le rôle assigné par le scénariste Jammeh.

Il se choisit une voie pour rentrer dans l’histoire comme un démocratique. Mais, il refuse d’user des modèles et normes édictés, en la matière, par les organismes régionaux et internationaux. En récusant toute mission d’observation électorale (CEDEAO, U.E, ONU), il viole le protocole additionnel de la CEDEAO sur la démocratie et la bonne gouvernance qu’il a lui-même signé en 2001 – ce je m’étais gardé de souligner parce que le contexte ne le réclamait pas et qu’il ne fallait pas entacher la noblesse du geste du « dictateur » qui avait accepté sa défaite.

Subitement, la liberté d’expression, retrouvée, provoqua des sorties intempestives de Borrow et des déclarations revanchardes de certains exilés qui, quoique plus doués, n’eurent point l’engagement, le courage et la persévérance d’affronter Yahya. Il s’y ajoute les réactions inopportunes des droits de l’hommistes bien qu’ils soient dans leur rôle. Sous ce rapport, l’homme fort de Banjul qui, 22 ans durant, a régné avec sa force de conviction et ses méthodes peu orthodoxes, n’a jamais été inquiété si ce n’est des déclarations de principes formulées par la communauté internationale.

En n’adhérant pas à l’uniformisation du scrutin à deux tours au sein de l’espace communautaire tel que proposé par le président Macky SALL au cours d’un sommet de la CEDEAO, Yahya a été victime d’un système électoral dépassé. De plus, les irrégularités manifestes notées dans la composition de la Cour suprême laissent apparaitre un vide juridique.

A présent l’équation posée ne semble pas simple. Deux camps vont devoir s’affronter : légalistes et légitimistes.

Pour nombreux d’observateurs, à l’image de mon ami B. Waltako, il ne faudrait pas instrumentaliser le droit et que l’expression de la souveraineté populaire doit être protégée ! Pour autant, la disqualification de la Cour suprême gambienne par la communauté internationale, sensée défendre des principes de l’État de droit, me pose problème. Quelles que soient les tares dans la composition de la cour – acceptées par les acteurs en compétition- elle reste, en vertu de la loi fondamentale, la plus haute juridiction compétente en matière électorale.

Pourquoi voudrait-on valider la déclaration du président Y. Jammeh acceptant sa défaite et lui dénier ses prérogatives d’user des voies légales pour contester les résultats ? Le coup de fil des présidents sortants sénégalais en guise de reconnaissance du président choisi par le peuple à l’issue du scrutin, bien que magnifié en tant qu’acte empreint d’élégance républicaine, n’a jamais conduit la Commission Nationale de Recensement des Votes (CNRV) et le Conseil Constitutionnel à renoncer à exercer leurs compétences en matière. Il arrive, même en l’absence de réclamation, que le Conseil redresse certains procès verbaux avant de proclamer les définitifs de la présidentielle.

La CEDEAO, qui d’un ton ferme mais diplomatique, entend installer, le 19 janvier 2017, le président élu conformément à la même charte fondamentale gambienne, n’aurait-elle pas dû avoir foi en la justice de la République islamique de Gambie? N’était-il pas plus judicieux d’appliquer la jurisprudence de l’Union Africaine relativement à la dernière élection présidentielle au Gabon?

Il aurait été bien possible de dépêcher une mission qui encadre l’installation de la Cour suprême gambienne (ou la CREI) et l’assiste dans le traitement du contentieux électoral. Ma conviction est que cette démarche permettrait un compromis politique devant préserver la paix sociale en Gambie et la stabilité dans notre sous-région.

Ndiaga SYLLA,
Expert électoral

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