SENTV : Le nouvel accord conclu entre le Sénégal et le Fonds monétaire international (FMI) continue de susciter des réactions sur la scène politique. Le député Tahirou Sarr s’est invité dans le débat en soulevant une question sensible : la participation des populations étrangères résidant au Sénégal à l’effort économique et fiscal national. Une sortie qui intervient alors que Dakar s’engage dans un nouveau programme financier de 36 mois.
Le Sénégal et les services du FMI sont parvenus, le 1er septembre 2026, à un accord au niveau des services sur les principales politiques économiques devant soutenir un nouveau programme au titre de la Facilité élargie de crédit (FEC). L’enveloppe annoncée est d’environ 2,2 milliards de dollars, soit 1 537,1 millions de droits de tirage spéciaux (DTS). Convertie en francs CFA, l’enveloppe effectivement annoncée par le FMI correspond à environ 1 243 milliards de francs CFA. L’accord doit encore être approuvé par la direction et le Conseil d’administration du Fonds.
C’est dans ce contexte que Tahirou Sarr a réagi, estimant que le recours à de nouveaux financements doit également conduire à s’interroger sur la répartition de l’effort économique au sein du pays.
Une interrogation sur la contribution des étrangers
Dans une publication consacrée à l’accord, le parlementaire dit prendre acte du nouveau partenariat financier entre Dakar et le FMI. Il s’interroge toutefois sur la place des étrangers dans le financement de l’économie nationale.
Selon lui, les personnes étrangères établies au Sénégal participent à l’activité économique à travers le travail, l’entrepreneuriat et la consommation. Il estime néanmoins que cette présence devrait davantage s’accompagner d’une contribution fiscale et administrative proportionnelle.
Tahirou Sarr évoque notamment les impôts, les taxes, les titres de séjour et les autres obligations administratives, estimant que la question mérite d’être posée dans un pays confronté à un niveau d’endettement important.
« Nous ne sommes pas contre les étrangers »
Face au risque d’une interprétation de ses propos comme une remise en cause de la présence étrangère, le député a tenu à préciser sa position.
« Nous ne sommes pas contre les étrangers. Nous sommes contre une immigration sans politique de contribution proportionnelle », affirme-t-il.
Le parlementaire inscrit son argumentaire dans le contexte économique actuel du Sénégal, marqué, selon lui, par la pression fiscale, le chômage et la cherté de la vie.
Il considère ainsi que l’effort demandé aux citoyens sénégalais ne devrait pas être dissocié de la contribution de tous ceux qui résident sur le territoire, travaillent dans le pays ou tirent des revenus de son activité économique.
La « Teranga » au cœur du débat
Tahirou Sarr va plus loin en interrogeant les conséquences de l’endettement public sur les différents acteurs économiques présents au Sénégal.
Il estime que les infrastructures, les services publics et certains dispositifs de soutien financés par l’État bénéficient à l’ensemble des personnes vivant dans le pays. Dès lors, selon son raisonnement, la charge financière liée à leur financement ne devrait pas reposer de manière disproportionnée sur les seuls contribuables sénégalais.
« La Teranga ne peut pas être financée à crédit par les Sénégalais pour devenir un avantage économique sans contrepartie suffisante pour ceux qui en bénéficient », soutient-il.
Le débat fiscal relancé
La sortie du député intervient alors que le gouvernement cherche précisément à renforcer les recettes publiques et à réduire les vulnérabilités budgétaires. Le programme négocié avec le FMI vise notamment à rétablir la stabilité macroéconomique, améliorer la viabilité de la dette, renforcer les finances publiques et accroître les dépenses sociales.
Dans ce contexte, la mobilisation des recettes fiscales constitue un enjeu majeur. La question soulevée par Tahirou Sarr porte donc sur la capacité de l’État à élargir l’assiette contributive et à faire respecter les obligations fiscales et administratives applicables à l’ensemble des acteurs économiques.
Son intervention ouvre toutefois un débat plus large, qui dépasse la seule question de l’immigration : comment répartir équitablement l’effort national lorsque l’État doit simultanément financer ses services publics, honorer sa dette et préserver les ménages les plus vulnérables ?
Sur le plan financier, il convient de rappeler que le nouveau programme n’est pas encore définitivement validé. L’accord conclu entre les services du FMI et les autorités sénégalaises doit franchir plusieurs étapes avant son approbation finale, notamment la mise en œuvre de mesures correctrices liées au dossier des informations financières erronées et l’obtention des assurances de financement nécessaires auprès des partenaires du Sénégal.