Casamance : le pont Émile Badiane au cœur des préoccupations sécuritaires

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SENTV : À Ziguinchor, le pont Émile Badiane reste un passage incontournable pour les usagers de l’axe reliant la capitale du Sud au reste du Sénégal. Près d’un demi-siècle après son inauguration, l’ouvrage continue de supporter quotidiennement un trafic important, notamment celui des véhicules de transport et des gros porteurs. Mais son état et les accidents survenus ces dernières années alimentent régulièrement les inquiétudes.

Inauguré en février 1979, sous la présidence de Léopold Sédar Senghor, le pont s’étend sur plus de 600 mètres au-dessus du fleuve Casamance. Pendant des décennies, il a joué un rôle majeur dans la continuité territoriale et le développement des échanges entre Ziguinchor, les autres régions du Sénégal et les pays voisins, notamment la Gambie et la Guinée-Bissau.

Conçu dans les années 1970, le pont Émile Badiane est aujourd’hui soumis aux contraintes liées à l’âge de l’infrastructure et à l’intensification du trafic. Le passage régulier de véhicules lourds constitue notamment un enjeu majeur pour la préservation de l’ouvrage et la sécurité des usagers.

Sur place, les signes de vieillissement sont visibles à plusieurs endroits. L’état de certains équipements de sécurité et l’usure de la chaussée alimentent les interrogations des automobilistes, même si ces constats ne permettent pas, à eux seuls, de conclure à un risque imminent d’effondrement.

Cette situation intervient alors que le projet d’un nouvel ouvrage entre Ziguinchor et Tobor suscite de fortes attentes. La réalisation de ce second pont doit notamment permettre de renforcer la mobilité et de décongestionner l’axe actuel.

Les inquiétudes des populations sont également nourries par plusieurs accidents ayant entraîné des chutes de véhicules dans le fleuve Casamance.

Le 26 mai 2026, un minibus transportant trois personnes a quitté la chaussée avant de tomber dans le fleuve. L’accident avait fait un mort, tandis qu’une personne avait été secourue et qu’une autre était portée disparue.

D’autres drames avaient déjà marqué l’histoire récente du pont. En août 2019, trois personnes avaient perdu la vie après la chute de leur véhicule dans les eaux de la Casamance.

Dans la nuit du 6 au 7 août 2021, un autre accident avait impliqué un camion gros porteur. Le véhicule, qui devait rejoindre la Gambie, avait sombré dans le fleuve après avoir quitté la chaussée. Le conducteur, ressortissant bissau-guinéen, n’avait pas été retrouvé malgré les recherches, tandis que son apprenti avait survécu avec des blessures.

Les citoyens réclament un nouvel ouvrage

Face à la répétition de ces accidents, des organisations citoyennes et des acteurs locaux réclament depuis plusieurs années une solution durable.

Aliou Djiba, président du Collectif pour la reconstruction du pont Émile Badiane, fait partie des voix qui plaident pour la construction d’une nouvelle infrastructure. Selon lui, les autorités doivent agir avant qu’un accident plus grave ne survienne.

Le mouvement citoyen souligne également l’importance stratégique du futur pont pour la Casamance. Au-delà du transport des personnes, l’infrastructure doit contribuer à faciliter les échanges commerciaux et à renforcer les connexions avec la sous-région.

Des artistes locaux se sont eux aussi emparés de la question. Le rappeur casamançais Fafadi a notamment utilisé ses prises de position publiques pour sensibiliser sur les risques liés à l’état du pont.

L’espoir repose désormais en grande partie sur la construction du nouvel ouvrage annoncé dans la zone de Ziguinchor. Le projet est présenté comme une réponse aux besoins croissants en matière de mobilité et de sécurité.

Pour les acteurs locaux, la priorité sera toutefois de veiller à ce que la future infrastructure respecte les normes techniques et réponde aux exigences d’un trafic appelé à se développer.

En attendant, le pont Émile Badiane demeure en service. Chaque jour, voyageurs, transporteurs, commerçants et gros porteurs continuent de l’emprunter pour franchir le fleuve Casamance.

À Ziguinchor, la demande est désormais claire : préserver la sécurité des usagers tout en accélérant la mise en œuvre d’une solution durable. Car derrière les débats sur l’état de l’ouvrage se trouve une réalité incontournable : le pont Émile Badiane reste aujourd’hui l’un des principaux points de passage de la Casamance.

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