SENTV : Le procès très médiatisé de la pouponnière Keur Yeurmandé a franchi une étape décisive ce mardi devant la chambre criminelle de Dakar. Au terme des débats, le parquet a requis une peine de cinq ans d’emprisonnement ferme à l’encontre de Ndella Madior Diouf, au cœur d’un dossier mêlant accusations pénales lourdes et controverse sociale.
Une audience sous tension après plusieurs renvois
Après de multiples reports, l’audience s’est enfin tenue en présence de la principale mise en cause, accompagnée de ses co-prévenus Cheikh Tidiane Ndiaye et El Hadji Séne. Les employées de la structure, placées sous contrôle judiciaire, ont brillé par leur absence.
La propriétaire de « SOS Keur Yeurmandé » est poursuivie pour plusieurs infractions, dont l’exercice illégal de la médecine, l’homicide involontaire, la non-assistance à personne en danger et la mise en danger de la vie d’autrui. Des accusations qu’elle a catégoriquement rejetées à la barre.
Une ligne de défense centrée sur l’engagement humanitaire
Face aux juges, Ndella Madior Diouf a tenté de contextualiser son action. Revenant sur la genèse de sa pouponnière, elle a évoqué un parcours personnel difficile et son choix d’accompagner des femmes en situation de détresse.
Elle affirme avoir accueilli jusqu’à une soixantaine d’enfants, souvent confiés par des mères abandonnées. Selon ses déclarations, deux options leur étaient proposées : abandonner définitivement l’enfant ou contribuer financièrement à hauteur de 2 000 FCFA par jour pour sa prise en charge.
Des accusations de manipulation et de « sabotage »
Adoptant un ton offensif, la prévenue a dénoncé un complot visant sa structure, mettant en cause l’Ordre des médecins ainsi que certaines autorités administratives. Elle évoque une « infiltration » et une opération coordonnée ayant conduit à son arrestation et au retrait de plusieurs dizaines d’enfants.
Interpellée sur les rapports médicaux faisant état de troubles sanitaires chez les nourrissons en octobre 2023, elle en a contesté la fiabilité, estimant qu’ils visaient à orienter la décision judiciaire. Elle a également nié toute responsabilité dans les décès enregistrés, invoquant des défaillances dans la prise en charge hospitalière.
Le parquet démonte la défense
Dans son réquisitoire, le procureur de la République a remis en cause la cohérence des explications fournies par l’accusée. Il a notamment insisté sur l’existence de contributions financières exigées aux mères, estimant que les justifications avancées ne sauraient exonérer d’éventuelles infractions.
Le ministère public a toutefois requis l’acquittement pour certains chefs, dont la traite de personnes, faute d’éléments constitutifs suffisants. En revanche, il a demandé une condamnation à cinq ans de prison ferme, assortie d’une amende d’un million de FCFA, pour les infractions jugées établies.
Concernant les co-prévenus, trois mois d’emprisonnement ferme ont été requis pour non-assistance à personne en danger.
Un verdict très attendu
Ce dossier, qui a profondément marqué l’opinion publique, met en lumière les limites entre action sociale informelle et cadre légal. La décision de la juridiction, attendue dans les prochains jours, devrait clarifier les responsabilités pénales dans une affaire aussi sensible que controversée.