Sénégal : après la DGID, le Trésor public confronté à un incident informatique qui ravive les inquiétudes
SENTV : Le climat de vulnérabilité numérique qui entoure les administrations sénégalaises connaît un nouvel épisode préoccupant. La Direction générale de la Comptabilité publique et du Trésor (DGCPT) a confirmé, à travers un communiqué officiel publié ce lundi, qu’« un incident affecte une partie de ses systèmes d’information » depuis le dimanche 10 mai 2026.
Dans sa note signée par le Directeur général Amadou Tidiane Gaye, l’institution financière indique avoir immédiatement déclenché des « mesures conservatoires » conformément à son plan de continuité d’activité. Une réaction d’urgence qui laisse entrevoir la sensibilité de l’incident, même si aucune précision n’a été donnée sur sa nature exacte.
Une communication minimale qui interroge
Le Trésor public reste particulièrement discret sur les circonstances du dysfonctionnement. Ni l’origine de l’incident, ni l’étendue des perturbations, encore moins un éventuel impact sur les données administratives et financières, n’ont été détaillés dans le communiqué officiel.
Cette absence de transparence alimente les interrogations dans un contexte où les infrastructures numériques publiques sénégalaises sont de plus en plus exposées aux menaces cybercriminelles. D’autant que la DGCPT occupe une position stratégique dans la gestion des finances publiques, notamment le traitement des dépenses de l’État, des paiements administratifs et de certaines opérations de trésorerie sensibles.
À ce stade, les autorités n’ont pas confirmé s’il s’agit d’une panne technique interne, d’un acte malveillant ou d’une cyberattaque ciblée.
Une série d’attaques contre les structures publiques
Cet incident intervient après plusieurs alertes majeures enregistrées ces dernières années au sein de l’écosystème numérique étatique sénégalais. La Direction générale des Impôts et Domaines (DGID) avait notamment subi une attaque informatique de grande ampleur ayant fortement perturbé ses services numériques pendant plusieurs jours.
D’autres plateformes administratives stratégiques, dont la Direction de l’Automatisation des Fichiers (DAF) et certaines infrastructures de Sénégal Numérique SA, ont également été confrontées à des incidents de cybersécurité, renforçant les inquiétudes autour de la résilience numérique des services publics.
Selon des rapports spécialisés publiés par des entreprises de cybersécurité comme Kaspersky, le Sénégal figure parmi les pays ouest-africains connaissant une hausse significative des tentatives d’intrusion informatique, notamment contre les administrations publiques et les institutions financières.
Les attaques exploitant des vulnérabilités logicielles, les tentatives de rançongiciels et les fraudes numériques sophistiquées constituent aujourd’hui les principales menaces identifiées dans la sous-région.
Des données sensibles potentiellement exposées
Même si aucune fuite de données n’a été officiellement signalée, plusieurs experts estiment que la prudence reste de mise compte tenu de la nature des informations traitées par le Trésor public.
La DGCPT centralise en effet des données particulièrement sensibles liées aux finances de l’État et à certaines opérations budgétaires. Une éventuelle compromission pourrait avoir des conséquences administratives et financières importantes.
Pour l’heure, les usagers restent dans l’attente d’informations complémentaires sur le niveau réel de perturbation des services et sur les délais de rétablissement. Le communiqué officiel se limite à rassurer les utilisateurs tout en les remerciant pour « leur compréhension et leur patience ».
Le défi croissant de la cybersécurité publique
Au-delà du cas du Trésor public, cet incident remet au premier plan la question de la souveraineté numérique et de la sécurisation des infrastructures critiques au Sénégal.
Avec l’accélération de la digitalisation des services administratifs, les institutions publiques deviennent des cibles privilégiées pour les réseaux cybercriminels. Plusieurs spécialistes plaident désormais pour un renforcement des dispositifs de cybersécurité, des audits réguliers des systèmes étatiques et une meilleure coordination entre les structures nationales chargées de la protection numérique.
En attendant une communication plus détaillée des autorités, l’incident touchant la DGCPT apparaît comme un nouveau signal d’alerte sur les fragilités persistantes des systèmes informatiques publics sénégalais.
