Dette publique : le Pastef met la pression sur l’État et réclame des comptes avant tout traitement de la dette
SENTV : L’accord technique conclu entre le Sénégal et le Fonds monétaire international (FMI) continue d’alimenter le débat politique. Face à la presse ce jeudi, le Pastef a livré sa lecture de ce nouveau programme financier et du Plan de Traitement de la Dette du Sénégal (PTDS) annoncé par les autorités.
Le parti au pouvoir estime que l’enjeu dépasse largement le seul cadre financier. Il réclame que le débat sur l’endettement du pays soit porté devant les Sénégalais, avec trois exigences mises en avant : la vérité sur la dette, l’établissement des responsabilités et la protection des populations.
Le 1er septembre, le FMI et les autorités sénégalaises ont conclu un accord au niveau des services pour un programme de 36 mois au titre de la Facilité élargie de crédit (FEC), d’un montant d’environ 2,2 milliards de dollars, soit 1 243 milliards de francs CFA. Cet accord reste toutefois soumis à l’approbation de la direction et du Conseil d’administration du FMI.
Le traitement de la dette au cœur des interrogations
Dans sa déclaration, le Pastef s’attarde particulièrement sur l’annonce par l’État de son intention de solliciter un traitement de la dette afin d’en rétablir la viabilité. Pour la formation politique, toute modification des conditions de remboursement doit faire l’objet d’une information claire et d’un débat national.
Le parti veut notamment savoir quelles dettes seront concernées, quels créanciers seront sollicités, quel niveau d’allègement est recherché et quelles contreparties pourraient être demandées au Sénégal.
Cette question intervient dans un contexte marqué par la révélation, depuis 2024, d’importants engagements financiers qui n’avaient pas été correctement retracés dans les comptes publics. Le FMI a d’ailleurs lié le nouveau programme à des mesures correctives destinées à renforcer la transparence budgétaire et la gestion de la dette.
Le dossier de la « dette cachée » refait surface
Le Pastef entend également maintenir la pression sur le dossier des finances publiques de la précédente administration. Le parti rappelle sa volonté de faire toute la lumière sur les engagements financiers qui auraient été dissimulés ou insuffisamment comptabilisés.
Selon les données officielles reprises dans les documents statistiques évoqués par le parti, l’encours du secteur public atteignait 25 583 milliards de francs CFA à fin 2024, dont 23 667 milliards pour la dette de l’administration centrale.
Le Pastef demande que les responsabilités soient établies « individuellement et institutionnellement » et que d’éventuelles irrégularités ou infractions soient, le cas échéant, soumises aux autorités compétentes.
Dans cette perspective, la formation politique appelle l’Assemblée nationale à renforcer son contrôle sur l’action gouvernementale. Auditions, commissions, interpellations et missions d’information sont notamment présentées comme des moyens permettant d’éclairer les Sénégalais sur l’origine de la situation actuelle.
Pour le parti, une dette dont les conséquences financières peuvent s’étendre sur plusieurs générations ne saurait être traitée sans un contrôle démocratique approfondi.
« Les Sénégalais ne doivent pas payer deux fois »
Le Pastef met également en garde contre les conséquences sociales d’un éventuel traitement de la dette.
S’il reconnaît qu’une opération de traitement peut permettre de desserrer temporairement la contrainte financière en réaménageant les échéances ou en réduisant le coût du service de la dette, le parti refuse qu’elle se traduise par une nouvelle pression sur les ménages.
Il pose ainsi une exigence politique forte : les Sénégalais ne doivent pas supporter deux fois les conséquences de la situation financière du pays, d’abord à travers les effets de l’endettement passé, puis à travers d’éventuelles hausses fiscales, réductions de subventions ou compressions des dépenses sociales.
Au-delà du traitement de la dette, le Pastef plaide pour une réforme du fonctionnement de l’État. Réduction des dépenses improductives, amélioration de la qualité de la dépense publique, mobilisation plus équitable des recettes et sélection plus rigoureuse des investissements figurent parmi les orientations mises en avant.
Le FMI prévoit lui aussi, dans le cadre du futur programme, un assainissement budgétaire, une meilleure mobilisation des recettes et une rationalisation des dépenses, tout en annonçant la consolidation des dispositifs de protection sociale destinés aux ménages vulnérables.
Le parti renvoie enfin au Plan de Redressement Économique et Social, présenté comme la trajectoire devant permettre au Sénégal de renouer durablement avec une croissance suffisamment forte pour réduire le poids relatif de la dette.
Avec cette sortie, le Pastef entend donc encadrer le débat autour du nouveau partenariat financier avec le FMI et du traitement annoncé de la dette.
Vérité, responsabilité et protection des Sénégalais : le parti place ces trois exigences au centre de sa position, alors que le Sénégal s’apprête à engager une nouvelle phase de sa politique financière sous le regard attentif des marchés, des créanciers et de l’opinion publique.