Gambie : La gestion d’Adama Barrow passée en revue.

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SENTV : Candidat à sa succession, Adama Barrow s’achemine le 4 décembre prochain vers des élections qui ne seront pas une partie de plaisir. Le tombeur de Yaya Jammeh aura face à lui des candidats de taille. 

L’actuel président de la Gambie sera aussi mis à rude épreuve par son bilan, noir sur nombre de points. C’est ce qu’on peut apprendre d’un « policy paper » rédigé par un journaliste gambien.

Consultant indépendant en médias et communication, Sanna Camara a fait la restitution de son travail ce mercredi 17 novembre à l’occasion d’une session organisée par le Bureau Paix et sécurité de la Fondation Friedriech Ebert Stiftung.

Le journaliste a d’emblée rappelé que l’arrivée de Barrow au pouvoir a suscité un espoir chez les gambiens qui se sont réjouis d’une nouvelle transition vers un gouvernement civil. Ils venaient d’enterrer 22 ans de dictature de Yaya Jammeh.

Dans son discours prononcé le 18 février 2017 dans un stade bondé, Adama Barrow, alors fraîchement accueilli en Gambie en provenance du Sénégal où il avait déjà prêté serment à l’ambassade de son pays, « avait promis une période de transition de trois ans ponctués par des réformes, ainsi que par le renforcement des institutions en vue d’autonomiser la population à travers une véritable gouvernance démocratique et la protection des libertés publiques ».

Dans cet esprit, des réformes devaient être enclenchées dans beaucoup de secteurs comme celui de la sécurité, de la justice, de la Fonction publique, du processus électoral. 

L’ancien collaborateur d’Adama Barrow relève aussi la nécessité qu’il y avait à mener une enquête sur les transactions financières de Jammeh et la récupération de ses actifs. Aussi a-t-il été pensé de mettre sur pied une commission Vérité, réconciliation et réparations de même qu’une commission de lutte contre la corruption.

Le gouvernement avait parmi ses priorités, le rétablissement des liens entre la Gambie et ses partenaires bilatéraux et le renforcement de l’espace civique pour la liberté de la presse, des médias et la participation politique universelle.

Enquête sur les biens de JammehSanna Camara qui fut responsable de la communication à la présidence de la République constate amèrement que « moins de la moitié des priorités susmentionnées ont été pleinement mises en œuvre à la hauteur des attentes de la population ». «

Le président Barrow, mu par l’opportunisme politique ou d’autres raisons, n’a pas donné suite aux recommandations formulées par plusieurs commissions établies, certains anciens fonctionnaires impopulaires ont même été reconduits à leurs anciens postes après avoir témoigné devant la commission », regrette le journaliste gambien.

Au sujet de l’enquête sur les biens de Jammeh, il rappelle qu’une commission gouvernementale avait identifié quelque 281 actifs et que plus de 100 comptes bancaires étaient associés à l’ex-président. Que ce soit directement ou par le biais de sociétés ou de fondations dans lesquelles il détenait des parts. « Ce qu’il est advenu de ces comptes bancaires, de ces actifs, fait aujourd’hui l’objet de commentaires ironiques de la part des gambiens », fait-il remarquer. 
Selon Sanna Camara, les réformes attendues dans le secteur de la Sécurité ont été appliquées au pas de course. 

À propos de la révision de la Constitution, il rappelle qu’une conférence nationale avait recommandé la rédaction d’une nouvelle Constitution pour remplacer celle de 1997. En dépit du décret d’application et les fonds investis dans l’élaboration de cette Charte fondamentale, elle a été rejetée par l’Assemblée nationale alors que 70% y étaient favorables de l’avis d’un ancien diplomate. La déception des Gambiens était d’autant plus grande que le remplacement de la Constitution que Jammeh a changé plus de 50 fois « était érigé au rang de priorité nationale ».

Des recommandations de la CVRR ignorés 

L’une des priorités de la Gambie, consistait aussi à faire face à ses tares à travers une commission Vérité, réconciliations et réparations (CVRR). Cette trouvaille extraordinaire a permis de recenser 2000 victimes de violations des droits humains en Gambie. En outre, elle a confirmé le meurtre de 204 personnes et 392 témoins avaient témoigné en public. Mais, se désole l’auteur du policy paper, « avant même que les rapports et les recommandations ne soient officiellement présentés, les victimes que l’enquête était censée guérir et aider à tourner la page, perdent déjà espoir d’obtenir justice de la part du gouvernement ».

« Des auteurs d’actes de torture, de disparitions et de violences sexuelles courent toujours les rues et des personnes accusées de crimes continuent de faire preuve d’indifférence en s’affichant en public », déplore le journaliste consultant.

Pis encore, martèle-t-il, alors même que le gouvernement attendait le rapport final et les recommandations de la CVRR, le président Barrow forgeait une alliance avec le parti de l’ancien chef de l’État. C’est ce qui expliquerait la candidature de l’avocat principal de la CVRR Essa Mbye Faal à la présidentielle.

Barrow, ses anciens et nouveaux alliés.L’ancien responsable médias de la présidence soulève aussi la question des brouilles entre Adama Barrow et ceux qui l’ont porté au pouvoir. Il évoque les cas d’Omar Jallow, de Mai Faty mais « la plus grande rupture s’est produite avec l’UDP, son parti d’origine qu’il a quitté pour se présenter comme candidat indépendant de la coalition ».

D’après Sanna Camara, Barrow voulait prendre les rênes du parti d’Ousseinou Darboe, son ancien ministre des Affaires étrangères et vice-président. Mais le Parti démocratique uni a élu en 2018 Oussainou Darboe comme secrétaire général. Ce qui a rapproché Barrow et la formation politique de l’ancien président dont des membres siègent au gouvernement actuel de la Gambie. Sanna Camara donne les exemples du ministre des Affaires étrangères, Mamadou Tangara, du ministre de l’Intérieur Yankhuba Sonko et du ministre des Finances Mamboury Njie.

Pas de regret 

Malgré cette gestion loin des attentes des gambiens, Adama Barrow n’a pas encore fait regretter Jammeh. C’est du moins ce que veut bien clarifier Sanna Camara lors des discussions qui ont suivi sa présentation. « Jammeh ne me manque pas. Je n’ai pas sa nostalgie », décrète le journaliste indépendant pour qui, il n’y a pas de possibilité de retour en arrière. Un passé dans lequel beaucoup de choses n’étaient pas possibles car tout simplement interdites par le dictateur Jammeh. Parmi ces choses, la liberté d’expression qui est devenue une réalité sous Adama Barrow. « Personne ne va en prison parce qu’il a critiqué le président », admet-il en ajoutant que le pouvoir législatif et judiciaire sont indépendants de l’exécutif. Il est cependant de ceux qui militent pour le retour de Yahya Jammeh, en exil en Guinée Equatoriale depuis qu’il a quitté le pouvoir en 2017. « Il doit rentrer pour répondre de ses crimes », souhaite le journaliste qui réclame aussi le départ des forces de la Cedeao après la présidentielle de décembre prochain…

DAKARACTU

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