Liberté de la presse : un recul historique mondial, alerte Reporters sans frontières

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SENTV : La liberté de la presse traverse une crise sans précédent. Dans son dernier rapport annuel, l’organisation Reporters sans frontières (RSF) tire la sonnette d’alarme : le niveau global de la liberté d’informer n’a jamais été aussi bas depuis la création de son classement en 2002.

Selon l’ONG, plus de la moitié des pays évalués – soit 94 États – se trouvent désormais dans une situation jugée « difficile » ou « très grave ». Un chiffre en nette hausse par rapport à 2002, où cette proportion ne concernait qu’une minorité. Parallèlement, la part de la population mondiale vivant dans un pays où la presse évolue dans un environnement « bon » a chuté drastiquement, passant de 20 % à moins de 1 %.

Seuls sept pays, principalement situés en Europe du Nord, dont la Norvège, conservent cette classification favorable. La France, quant à elle, occupe la 25e place, avec une situation jugée « plutôt bonne ».

Le rapport met également en lumière la dégradation dans des démocraties influentes comme les États-Unis, désormais classés 64e. RSF pointe notamment les attaques répétées de Donald Trump contre les médias, qualifiées de « systématiques », ainsi que des mesures controversées comme la détention puis l’expulsion du journaliste salvadorien Mario Guevara ou la réduction des financements de l’audiovisuel public international.

Au-delà des violences physiques, les pressions contre les journalistes prennent des formes multiples. « Elles sont économiques, politiques et juridiques », souligne Anne Bocandé, directrice éditoriale de RSF. Les conflits armés et le durcissement de certains régimes contribuent également à cette dégradation.

Dans plusieurs régions, les reculs sont particulièrement marqués. Le Niger enregistre la plus forte chute en 2026, illustrant une tendance préoccupante au Sahel, où l’instabilité sécuritaire et les régimes militaires fragilisent le travail des médias. Des pays comme le Mali ou le Burkina Faso voient également leur classement se détériorer.

À l’autre extrémité du classement, des États comme l’Arabie Saoudite, la Russie, l’Iran ou la Chine figurent parmi les environnements les plus hostiles pour les journalistes. RSF évoque notamment l’exécution en 2025 d’un journaliste saoudien, un cas qualifié d’exceptionnel par l’organisation.

Le rapport pointe aussi l’usage croissant d’outils juridiques pour entraver la presse. Les lois sécuritaires, souvent invoquées au nom de la lutte contre le terrorisme ou de la protection du secret d’État, restreignent de plus en plus le champ d’action des journalistes. À cela s’ajoute la multiplication des « procédures-bâillons », ces actions judiciaires destinées à intimider et réduire au silence les médias.

Malgré ce tableau préoccupant, certaines évolutions positives sont relevées. La Syrie enregistre une progression notable dans le classement après des changements politiques récents. Par ailleurs, des instruments juridiques comme le règlement européen sur la liberté des médias offrent des perspectives d’amélioration.

Face à cette situation, RSF appelle à une mobilisation accrue des États et des institutions internationales pour garantir un environnement sûr et indépendant pour les journalistes, condition essentielle au fonctionnement des démocraties.

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