Justice des mineurs : 76 % des enfants poursuivis en 2024 incarcérés, un signal d’alerte pour le système pénal

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SENTV : La politique pénale appliquée aux mineurs au Sénégal suscite de vives interrogations. Selon les données publiées par la Direction générale de la protection judiciaire et sociale, 76 % des enfants poursuivis en 2024 ont été placés sous mandat de dépôt, soit une majorité écrasante des 3 345 mineurs concernés.

Ces chiffres ont été rendus publics mercredi 25 mars par Aïssé Gassama Tall, directrice générale de la structure, à l’occasion d’un atelier organisé au Centre de formation judiciaire. Cette rencontre de deux jours porte sur l’amélioration de la mise en œuvre de la politique pénale relative aux enfants en conflit avec la loi.

Les travaux réunissent plusieurs acteurs du système judiciaire, notamment des magistrats des tribunaux de grande instance de Pikine-Guédiawaye, Rufisque, Thiès, Diourbel et Mbour, ainsi que des officiers de police judiciaire, des éducateurs spécialisés et des représentants de l’administration pénitentiaire.

Le rapport met en lumière des insuffisances structurelles. Parmi les facteurs explicatifs avancés figurent le manque de centres de prise en charge adaptés, l’insuffisante spécialisation de certains magistrats dans le traitement des affaires impliquant des mineurs, ainsi que le recours encore limité aux mesures alternatives à la détention.

Présent lors de l’atelier, Amadou Tidiane Sy, directeur des Services judiciaires représentant le garde des Sceaux, a mis en garde contre les effets contre-productifs de l’incarcération. Selon lui, les sanctions privatives de liberté peuvent accentuer la marginalisation des jeunes concernés, au détriment de leur réinsertion sociale.

De son côté, Souleymane Teliko, directeur du Centre de formation judiciaire, a appelé à dépasser le simple constat pour engager une réflexion collective orientée vers des solutions concrètes et adaptées au contexte national.

L’atelier bénéficie du soutien de l’Agence italienne pour la coopération au développement, dans le cadre d’un programme dédié à l’amélioration de l’accès et de la qualité des services socio-éducatifs de protection de l’enfant, doté d’un financement de 3 millions d’euros.

Ces données relancent le débat sur l’équilibre entre répression et réhabilitation dans la justice des mineurs, dans un contexte où la protection de l’enfance reste un enjeu majeur des politiques publiques.

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