UCAD : quand l’intelligence artificielle redessine les contours de l’enseignement supérieur

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SENTV : À l’heure où l’intelligence artificielle (IA) bouleverse les pratiques pédagogiques à travers le monde, l’Université Cheikh Anta Diop (UCAD) se positionne comme un acteur francophone africain déterminé à intégrer ces technologies au cœur de la formation. Dans un entretien exclusif, la Professeure Maguette Dieng, Directrice des Affaires pédagogiques du Rectorat (DAP‑UCAD), dévoile les ambitions, les réalisations et les défis qui entourent cette mutation digitale.

Un point d’étape sur l’intégration de l’IA

Selon Pr Maguette Dieng, l’IA ne vient pas en rupture à l’UCAD, mais s’inscrit dans un continuum d’adoption des technologies numériques déjà bien engagé à Dakar. « Nous étions déjà en avance sur plusieurs secteurs au Sénégal grâce à la dématérialisation de nos procédures (inscriptions, délibérations, recrutements…) », rappelle‑t‑elle. L’intégration de l’intelligence artificielle dans les enseignements et les évaluations s’inscrit donc dans cette logique d’innovation institutionnelle.

Ambitions : faire de l’UCAD un pôle d’excellence en IA pédagogique

Sous l’impulsion du Recteur, le Professeur Alioune Badara Kandji, l’université a défini une feuille de route claire pour inscrire l’IA dans la pédagogie universitaire. La Direction des Affaires pédagogiques, en partenariat avec AFRETEC, œuvre à :

développer une compréhension solide des concepts d’IA appliqués à l’éducation (apprentissage automatique, traitement du langage naturel, etc.) ;

accompagner les enseignants‑chercheurs dans l’usage des outils génératifs pour la création de contenus et l’évaluation ;

instaurer des dispositifs de suivi académique assistés par l’IA ;

favoriser le partage d’expériences et l’innovation collective.

« Nous souhaitons que l’UCAD devienne un véritable laboratoire de solutions africaines, une institution qui inspire et rayonne au‑delà de nos frontières », affirme la DAP.

Convaincue que l’appropriation passe d’abord par la formation, l’UCAD a multiplié les initiatives depuis la fin de l’année 2025. Un premier atelier de formation en décembre a permis de former plus de 300 enseignants‑chercheurs des universités UCAD et UAM. Depuis janvier, une série de sessions thématiques se tient dans les facultés, en collaboration avec AFRETEC, pour outiller les enseignants aux usages professionnels de l’IA.

À ce jour, quatre ateliers ont déjà eu lieu, avec des retours très positifs des participants, qui saluent la pertinence et l’applicabilité immédiate des outils explorés. La prochaine étape est programmée avec la Faculté des Sciences Juridiques et Politiques en avril. Ces formations ne se limitent pas aux aspects techniques : elles intègrent également des discussions sur les enjeux éthiques et les responsabilités liées à l’usage de l’IA dans les pratiques pédagogiques.

Parmi les formats mis en œuvre :

ateliers pratiques (“hands on”) sur des cas réels,

démonstrations régulières d’outils et laboratoires d’expérimentation,

constitution de communautés de pratique,

sessions informelles de type « Café pédagogique » pour favoriser échanges et réflexions collectives.

L’introduction de l’IA suscite des interrogations légitimes. « Remplacera‑t‑elle l’enseignant ? Faudra‑t‑il craindre une perte de pensée critique chez les étudiants ? », s’interroge Pr Dieng. Ces questions ont alimenté une réflexion interne pour définir un cadre stratégique et normatif.

Les autorités rectorales travaillent actuellement à l’élaboration d’une charte institutionnelle de l’IA, qui devra :

  1. garantir une utilisation éthique et responsable des outils ;
  2. protéger les données personnelles de la communauté universitaire ;
  3. valoriser les opportunités pédagogiques offertes par l’IA ;
  4. prévenir les risques liés aux biais algorithmiques et à la désinformation ;
  5. définir des lignes directrices claires pour tous les membres de l’UCAD.

L’UCAD a déjà posé des jalons solides pour l’intégration de l’intelligence artificielle dans ses pratiques d’enseignement et d’apprentissage. Grâce à une stratégie progressive, à des formations ciblées et à l’implication de tout l’écosystème académique, l’université ambitionne de faire de l’IA un vecteur d’innovation pédagogique et de renforcement des compétences, tout en veillant à un encadrement éclairé et responsable.

« L’IA n’est pas une menace, mais un outil au service d’une pédagogie plus interactive, personnalisée et inclusive », conclut Pr Maguette Dieng.

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