SENTV : Le débat sur la place des étrangers au Sénégal s’est invité avec force dans les échanges qui ont suivi la Déclaration de politique générale du Premier ministre Ahmadou Al Aminou Lô. Alors que le chef du gouvernement a fermement condamné les discours stigmatisant les ressortissants étrangers, le député Tahirou Sarr lui a apporté une réponse particulièrement critique, appelant l’exécutif à regarder en face les difficultés liées à l’application des lois.
Lors de son intervention à l’Assemblée nationale, Tahirou Sarr a appelé les autorités à privilégier, selon lui, la vérité dans le traitement des questions qui préoccupent les Sénégalais.
« Il faut être honnête. Disons la vérité au peuple ! Arrêtons de mentir au peuple ! »
Le député estime que les responsables publics doivent rendre des comptes à la population, qu’il présente comme celle qui les a mandatés et qui finance le fonctionnement de l’État.
La sortie du parlementaire intervient quelques heures après celle du Premier ministre. Dans sa DPG, Ahmadou Al Aminou Lô a dénoncé les discours visant les étrangers, les qualifiant de xénophobes et contraires aux traditions d’ouverture et d’hospitalité du Sénégal. Il a toutefois parallèlement insisté sur la nécessité de renforcer le contrôle des entrées et des séjours sur le territoire national.
Tahirou Sarr dit, pour sa part, ne pas nier l’existence de problèmes liés à l’application des règles. Mais il considère que la réponse du gouvernement ne doit pas se limiter à dénoncer ceux qui soulèvent ces questions.
« Il y a des problèmes au sujet de ce qui se passe au Sénégal », a-t-il soutenu, avant d’affirmer que certaines lois adoptées pour garantir la sécurité et défendre les intérêts des Sénégalais ne seraient pas suffisamment appliquées.
« C’est un manque d’arguments », lance le député
Le parlementaire a également contesté la qualification de « xénophobes » attribuée à certains discours. S’adressant directement au Premier ministre, il a estimé que traiter les personnes qui soulèvent ces préoccupations de xénophobes ne constitue pas une réponse au fond du problème.
« Venir vous tenir ici pour traiter les gens de xénophobes. C’est un manque d’arguments », a-t-il lancé.
Une manière pour le député de déplacer le débat vers la question de l’application des lois et de la politique migratoire plutôt que vers celle de la stigmatisation.
Une demande de débat sur la question migratoire
Tahirou Sarr a, dans la foulée, invité le gouvernement à ouvrir un débat public sur la question. Il estime que l’exécutif doit permettre aux différents acteurs de confronter leurs arguments et de discuter ouvertement des difficultés rencontrées.
« Vous êtes un gouvernement soi-disant responsable, alors posez le débat pour qu’on en discute », a-t-il déclaré.
Cette passe d’armes intervient alors que le Premier ministre a lui-même reconnu, dans sa DPG, l’existence de failles dans le contrôle aux frontières. Ahmadou Al Aminou Lô a notamment évoqué des postes où le dispositif électronique d’enregistrement n’est pas encore déployé, rendant plus difficile le suivi des entrées et des séjours des étrangers.
Dans son discours, le chef du gouvernement a défendu une ligne consistant à préserver la tradition d’ouverture du Sénégal tout en renforçant le respect des règles applicables aux ressortissants étrangers. Il a notamment appelé à mettre fin aux discours xénophobes tout en annonçant un renforcement du contrôle des frontières.