Régies financières au Sénégal : tensions croissantes autour des réformes et des compétences de recouvrement
SENTV : Un climat de fortes tensions traverse actuellement l’administration financière sénégalaise, marqué par des divergences entre plusieurs régies publiques autour des réformes en cours et de la répartition des compétences en matière de mobilisation des recettes de l’État.
Dans un communiqué rendu public, le Syndicat Unique des Travailleurs du Trésor (SUTT) alerte sur ce qu’il considère comme des déséquilibres institutionnels susceptibles d’affecter l’architecture actuelle de gestion des finances publiques. Le syndicat met notamment en avant des incompréhensions entre la Direction générale des Impôts et des Domaines (DGID), la Direction générale des Douanes (DGD) et le Trésor public.
Selon le SUTT, certaines réformes en discussion ou en cours de mise en œuvre traduisent une volonté d’élargissement des prérogatives de certaines administrations fiscales au détriment du Trésor, structure historiquement chargée du recouvrement de plusieurs recettes de l’État.
Parmi les points de crispation figure le projet de réforme du Code général des impôts, qui prévoit le transfert du recouvrement des impôts destinés aux collectivités territoriales vers la DGID. Une orientation que le syndicat considère comme une réduction du périmètre d’intervention du Trésor public, et donc un facteur de déséquilibre dans le système actuel.
Le contexte est également marqué par la mise en œuvre progressive du Système intégré de gestion des finances publiques (SIGIF), présenté par les autorités comme un outil de modernisation et de digitalisation des procédures budgétaires et comptables. Toutefois, le SUTT estime que les tensions institutionnelles actuelles pourraient nuire à la cohérence des réformes engagées.
Concernant le secteur douanier, le syndicat exprime également des inquiétudes sur les évolutions envisagées dans le cadre de la réforme du Code des Douanes. Il évoque une volonté supposée de la DGD d’étendre son champ d’intervention dans le recouvrement des droits de douane, alimentant ainsi une forme de concurrence entre administrations publiques autour de la mobilisation des ressources fiscales.
Le SUTT rappelle par ailleurs les effets de la réforme de 2009, qui avait déjà restructuré les circuits de recouvrement des impôts de l’État. Il appelle à un audit de cette réforme, estimant qu’elle pourrait avoir engendré des pertes de recettes et des dysfonctionnements dans la chaîne de gestion financière.
Dans son communiqué, le syndicat met en garde contre une possible désorganisation progressive du système de recouvrement si les divergences institutionnelles persistent. Il appelle les autorités à une clarification des rôles entre les différentes régies financières et à une meilleure coordination des réformes en cours.
Alors que le gouvernement affiche sa volonté de moderniser l’administration financière et de renforcer l’efficacité de la mobilisation des ressources publiques, ces tensions internes mettent en lumière les défis liés à la réforme en profondeur des finances publiques au Sénégal.