SENTV : Le climat politique se tend en Mauritanie autour des spéculations liées à un éventuel troisième mandat du président Mohamed Ould Ghazouani. Alors que le pays s’apprêtait à engager un dialogue national destiné à favoriser un consensus entre les différentes forces politiques, cette controverse occupe désormais le devant de la scène et alimente les tensions entre pouvoir et opposition.
À l’origine de la polémique, plusieurs prises de position publiques d’élus locaux appelant le chef de l’État à poursuivre son action au-delà du mandat en cours. Bien que ces déclarations soient présentées comme des initiatives personnelles, elles suscitent de vives réactions au sein de la classe politique.
L’opposition y voit une remise en cause potentielle des principes constitutionnels encadrant l’alternance démocratique. Plusieurs responsables politiques dénoncent ce qu’ils considèrent comme une tentative de préparer l’opinion publique à une éventuelle modification des règles du jeu institutionnel.
Parmi les voix les plus critiques figure Maître Lo Gourmo Abdoul, vice-président de l’Union des Forces de Progrès (UFP). Pour lui, le respect des limitations constitutionnelles du mandat présidentiel constitue une condition essentielle à la crédibilité du processus démocratique. L’opposition affirme ainsi vouloir maintenir la pression à travers des rassemblements et diverses actions politiques.
Au sein de la majorité présidentielle, les positions apparaissent toutefois plus nuancées. Certains responsables appellent à recentrer les débats sur les priorités économiques et sociales du pays plutôt que sur les échéances électorales futures.
C’est notamment le cas d’Aissata Alassane Ngaïdé, membre du Conseil national du parti au pouvoir, INSAF. À titre personnel, elle estime que l’urgence réside davantage dans l’achèvement des grands projets engagés sous l’actuel mandat. Elle a également évoqué l’hypothèse d’un mécanisme permettant de finaliser certains chantiers stratégiques sans nécessairement ouvrir le débat sur un nouveau mandat présidentiel.
Ces prises de position témoignent néanmoins d’un malaise perceptible au sein de la majorité, où la question suscite des sensibilités diverses. Jusqu’à présent, aucune déclaration officielle n’est venue confirmer l’existence d’un projet visant à modifier les dispositions constitutionnelles relatives à la durée ou au nombre de mandats présidentiels.
Dans ce contexte, le dialogue politique voulu par les autorités peine à avancer. Les divergences autour de cette question institutionnelle majeure compliquent les perspectives de rapprochement entre le pouvoir et l’opposition, alors que plusieurs dossiers liés aux réformes politiques et à la gouvernance restent en suspens.
En attendant d’éventuelles clarifications de la présidence, le débat continue d’alimenter les discussions dans le pays et pourrait peser durablement sur l’agenda politique mauritanien dans les mois à venir.